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Tirage d'une BD : première édition, réimpression, rareté

Tirage d'une BD : première édition, réimpression, rareté

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Tournez un album à la dernière page. Une ligne de caractères minuscules y attend, souvent la plus négligée du livre : la date d'achèvement du tirage. Ce n'est pas un ornement d'imprimeur. C'est une mention obligatoire, et elle est la seule trace, sur l'objet même, qui distingue une première impression d'une réimpression.

Le collectionneur qui cherche « une première édition » croit souvent poursuivre un secret d'éditeur. Il cherche en réalité une date, imprimée en bas d'une page de garde ou au verso du dernier feuillet, et parfois un mois et une année supplémentaires qui disent que l'album a été relancé à l'identique. Voici ce que le droit français oblige un éditeur à écrire sur un album, ce que ces lignes ne disent pas, et pourquoi un titre disparaît des rayons sans jamais être officiellement mort.

Ce que la loi impose d'imprimer sur un album#

Un livre au format papier doit porter un faisceau de mentions, et trois d'entre elles concernent directement le tirage. Service-Public les énumère : le nom et l'adresse de l'éditeur, le nom et l'adresse de l'imprimeur, la date de l'achèvement du tirage, la mention de l'ISBN, le prix en euros, et la mention « Dépôt légal » suivie du mois et de l'année du dépôt. S'ajoute une règle qui intéresse au premier chef les collectionneurs : pour les réimpressions à l'identique, l'ouvrage doit porter le mois et l'année où elles sont effectuées.

L'emplacement compte autant que le contenu. La fiche officielle précise que le nom et l'adresse de l'imprimeur figurent sur la dernière page de l'ouvrage et/ou sur la page précédant la page de titre, et que la date du dépôt légal s'inscrit aux mêmes endroits. D'où une pratique de lecture simple : commencer par la page qui précède le titre, finir par le dernier feuillet, et noter chaque date rencontrée.

Deux mentions complémentaires aident à dater un album. D'abord celle des publications destinées à la jeunesse, de la naissance à 18 ans, qui doivent porter en caractères gras et apparents la mention « loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse », suivie du mois et de l'année du dépôt effectué auprès de la commission de surveillance et de contrôle de ces publications. Ensuite l'ISBN : un numéro différent est nécessaire pour chaque format, ce qui signifie qu'une réédition en grand format, en poche ou en numérique ne partage pas l'identifiant de l'originale.

MentionCe qu'elle établit
Date d'achèvement du tiragela date à laquelle l'impression de l'ouvrage s'est achevée
Mois et année de la réimpressionl'ouvrage a été relancé à l'identique à ce moment
Nom et adresse de l'imprimeurqui a imprimé l'album, en dernière page ou avant le titre
Mention « Dépôt légal » suivie du mois et de l'annéel'enregistrement auprès de la BnF
Mention « loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 »publication destinée à la jeunesse, dépôt auprès de la commission de contrôle
ISBNun identifiant distinct par format
Nombre d'exemplaires imprimésabsent de la liste des mentions obligatoires

Le dépôt légal est l'obligation, pour l'éditeur, d'enregistrer chaque livre ou périodique mis à disposition du public auprès de la Bibliothèque nationale de France. Son non-respect est puni de 75 000 € d'amende. Le point qui compte ici est dans la portée : ce dépôt concerne les nouveautés et les premiers tirages d'impression, pas les réimpressions.

Il faut en lire la conséquence avec précision. Une réimpression à l'identique n'est pas un nouveau dépôt ; elle n'en reste pas moins un objet qui doit dire sa date. Autrement dit, la BnF ne tient pas un registre des tirages successifs, mais l'album, lui, porte l'obligation de déclarer la sienne. C'est pour cette raison que deux exemplaires d'un même titre, imprimés à plusieurs années d'écart, peuvent être identiques à l'œil et distincts sur la ligne d'achèvement du tirage.

Ce que l'album ne dit pas, non plus, mérite d'être écrit : le nombre d'exemplaires imprimés ne figure pas dans la liste des mentions obligatoires publiée par Service-Public. La fiche officielle énumère les mentions à porter sur un livre papier, et le volume du tirage n'en fait pas partie. Chercher « le tirage » au sens du nombre, c'est donc chercher une information qui, le plus souvent, n'existe que chez l'éditeur, dans ses papiers commerciaux, ou dans les relevés que les amateurs constituent eux-mêmes.

Pourquoi une première édition vaut ce qu'elle vaut#

Un site de cotation, Côte BD, avance l'ordre de grandeur qui fait tourner la tête des collectionneurs : pour certains albums publiés au début du XXe siècle, les tirages étaient souvent limités, et dans certains cas moins de 5 000 exemplaires ont été imprimés, quand les éditions suivantes atteignaient parfois des millions. La rareté n'est pas seulement une affaire de départ : une partie des exemplaires originaux a été abîmée, perdue ou détruite, et ce qui survit en bon état devient presque unique.

Le prix public suit. Le même site rapporte qu'en 2015, une première édition de Tintin au Pays des Soviets s'est vendue pour près de 40 000 €. Un exemplaire, une vente, une année : ce n'est pas une cote moyenne, et un album ne se résume pas à son record.

Il y a une autre raison, plus intéressante pour qui lit vraiment les albums. Une première édition est la plus proche de la vision initiale, avant les corrections et les ajustements de mise en page que les rééditions apportent. Les premières impressions de Tintin, par exemple, diffèrent des versions plus récentes dans le style artistique, dans les dialogues et dans les couleurs. Ce n'est pas de la nostalgie : c'est un état du document. Pour estimer une planche ou un album, la méthode complète est détaillée dans l'article sur la cote des BD anciennes, et la distinction entre original, fac-similé et contrefaçon dans celui consacré à l'authentification.

Pourquoi un album devient introuvable#

Un album disparaît des rayons sans que personne l'ait interdit de vente. Le mécanisme est industriel, pas juridique : la vie d'un titre dépend de ce que la distribution en commande et en retourne, et le fonctionnement de l'office explique cette surproduction apparente qui coexiste avec des catalogues secs. Le système de l'office détaille comment un éditeur alimente les librairies, et le bilan du marché de la BD en France donne l'échelle de la production annuelle.

Trois effets se combinent. Une date d'achèvement du tirage qui change d'une impression à la suivante, une réimpression à l'identique qui ne se signale que par son mois et son année, et un ISBN qui change de format en format : le collectionneur qui cherche « le » tome 3 d'une série se retrouve devant plusieurs objets distincts sous un même titre. La conservation décide ensuite de ce qui arrive jusqu'à nous, et les règles de rangement expliquent ce qui abîme réellement un album d'occasion.

Ce que j'ai mis du temps à comprendre, à force de fouiller des bacs d'occasion : la première édition n'est pas automatiquement la plus belle à l'œil. Elle a simplement plus d'années de manipulation derrière elle que la réimpression récente. Les deux objets ne répondent pas à la même envie, et je ne trouve pas de critère objectif pour départager laquelle est la bonne.

FAQ#

Comment savoir si un album est une première édition ?#

Sur l'objet lui-même, la trace utile est la date d'achèvement du tirage, mention obligatoire d'un livre papier, et la mention du dépôt légal avec son mois et son année. Pour une réimpression à l'identique, l'ouvrage doit en plus porter le mois et l'année de cette réimpression. Ces lignes se trouvent sur la page précédant la page de titre et/ou sur la dernière page.

Un album indique-t-il combien d'exemplaires ont été imprimés ?#

Non. Le nombre d'exemplaires tirés n'est pas une mention obligatoire en France. Ce que l'album porte, c'est une date d'achèvement de tirage, et pour une réimpression à l'identique, le mois et l'année de celle-ci. Le chiffre du tirage relève des papiers de l'éditeur, pas du livre.

Une réimpression est-elle déclarée quelque part ?#

Le dépôt légal, obligatoire pour l'éditeur auprès de la BnF, concerne les nouveautés et les premiers tirages d'impression, pas les réimpressions. L'album réimprimé doit malgré tout porter la date de sa réimpression. Le non-respect de l'obligation de dépôt légal est puni de 75 000 € d'amende.

Pourquoi une première édition coûte-t-elle si cher ?#

Parce qu'une partie des tirages anciens était limitée, parfois sous 5 000 exemplaires selon Côte BD, et que beaucoup d'exemplaires ont été abîmés ou détruits. Le site de cotation rapporte la vente, en 2015, d'une première édition de Tintin au Pays des Soviets pour près de 40 000 €. À quoi s'ajoute l'état du document : une originale est antérieure aux corrections de réédition.

Un changement de format change-t-il l'identification ?#

Oui. Un ISBN différent est nécessaire pour chaque format de livre, y compris entre les formats numériques publiés séparément. Deux éditions d'un même titre en formats distincts portent donc des identifiants distincts, ce qui complique la recherche d'un tirage précis.

Sources#

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