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Manhua : la BD chinoise, ni manga ni manhwa

Manhua : la BD chinoise, ni manga ni manhwa

Par Camille V.

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Camille V.

Prenez trois cases côte à côte. La première, noir et blanc, se lit de droite à gauche. La deuxième, pleine couleur, déroule une page verticale sans gouttière. La troisième, couleur aussi, mais découpée en cases plus serrées. Vous avez sous les yeux un manga, un manhua et un manhwa. Les trois se ressemblent par la grammaire visuelle et se distinguent par l'origine, le support et le sens de lecture. Le manhua, la bande dessinée chinoise, est le plus méconnu du trio en France.

Le manhua désigne la bande dessinée de Chine, y compris de Taïwan et de Hong Kong. Son dessinateur se nomme manhuajia, et Chine Informations relève que le mot partage les mêmes idéogrammes que « manga » japonais, l'origine du terme étant japonaise. Trois traits le distinguent le plus souvent : la couleur fréquente, une publication d'abord passée par les plateformes et applications chinoises, et un sens de lecture variable, traditionnellement de droite à gauche, parfois modernisé à l'occidentale.

Une histoire plus longue qu'on ne le croit#

L'Institut Confucius, qui a consacré au sujet une exposition de quinze dessinateurs, rappelle que la bande dessinée chinoise est « héritière d'une tradition née dès la fin du 19ème siècle » et qu'elle a « passionné près d'un milliard de lecteurs tout au long du 20ème siècle ». À partir des années 80, le manhua « s'émancipe de sa forme classique », en style comme en thématiques, et la nouvelle génération va chercher des inspirations du côté de l'Europe, sans renier ses maîtres. Ce n'est pas un dérivé du manga : c'est une lignée propre, qui a emprunté au voisin japonais le mot avant de l'affirmer.

Le sens de lecture, vraie zone grise#

C'est le point où les guides francophones se contredisent, et la contradiction est instructive. FuransuJapon, dans sa comparaison des trois formats, écrit : « Ici, le sens de lecture est variable : traditionnellement, il est de droite à gauche, mais il peut être de gauche à droite de façon plus modernisée ». Chine Informations, de son côté, affirme que « les manhuas (ainsi que les manhwas, coréens eux) se lisent dans le sens occidental et pas "à l'envers" comme les mangas japonais ». Deux sources sérieuses, deux affirmations opposées. Le sens dépend donc des œuvres, et il est souvent indiqué à la découverte d'une publication. Un lecteur qui arrive du manga doit vérifier case par case, pas appliquer un réflexe.

Couleur et écran : les deux marques fortes#

Le manhua chinois est « fréquemment colorisé afin d'attirer l'œil et se démarquer dans les rayons et sur les sites internet », avec des cases longues adaptées aux petits écrans. La publication passe « avant tout par des plateformes chinoises et des applications mobiles ». Le papier existe, souvent en simultané avec le numérique, et les œuvres à succès sont parfois re-colorisées par des professionnels après une première vie en noir et blanc.

En face, le manhwa coréen se lit de gauche à droite, est d'abord numérique et très souvent en couleur ; le manga japonais reste noir et blanc avec lecture droite-gauche. Le point de comparaison utile n'est pas le trait, c'est la chaîne : qui publie, sur quel support, pour quel écran.

Les trois formats en tableau#

CritèreManga (Japon)Manhwa (Corée du Sud)Manhua (Chine, Taïwan, Hong Kong)
Sens de lectureDroite à gaucheGauche à droiteVariable, souvent indiqué
CouleurRare, noir et blanc dominantTrès souvent en couleurFréquemment colorisé
Publication d'abordPapier et prépublication magazineNumérique, plateformesPlateformes et applications chinoises
CasesGaufrier classiqueDéfilement verticalDéfilement vertical, cases longues

Côté noms d'auteurs, le manhua a son mot local : le dessinateur de manhua se dit manhuajia, pendant que le Japon dit mangaka.

Entrer dans le manhua depuis la France#

Le terrain français est petit mais réel. Chine Informations signale Xiao Pan, éditeur spécialisé qui publie « plus d'une dizaine d'artistes » de BD chinoise, et rappelle que des éditeurs français éditent depuis quelques années des manhuas venus de Hong Kong, Singapour ou Taïwan. Pour s'y retrouver, le comparatif BD, manga, comics, webtoon pose les catégories, et manhwa vs manga détaille le voisin coréen. Le pont naturel vers le format vertical est le webtoon et son modèle économique ; la passerelle franco-japonaise s'appelle manfra, et la bascule du lectorat vers le numérique est chiffrée dans manga digital.

Ce qui m'intéresse, en tant qu'artiste, dans le manhua : la couleur n'y est pas un habillage, c'est la structure de lecture. Les aplats, les dégradés et les effets de lumière portent le découpage autant que les gouttières. Regardez une page verticale en couleur avant d'en comparer une avec une page de manga : l'œil ne saute pas de la même façon, et c'est exactement ce que le format cherche à produire sur un téléphone.

FAQ#

Le manhua est-il un simple copié du manga ?#

Non. Selon Chine Informations, le mot partage les mêmes idéogrammes que « manga », l'origine du terme étant japonaise, mais la bande dessinée chinoise est héritière d'une tradition née dès la fin du XIXe siècle, avec près d'un milliard de lecteurs au XXe. Les styles et thématiques se sont émancipés à partir des années 80.

Comment savoir dans quel sens lire un manhua ?#

En vérifiant l'indication de l'éditeur, œuvre par œuvre. Les guides francophones divergent : l'un décrit un sens variable, traditionnellement droite-gauche, l'autre affirme le sens occidental. La prudence est la seule règle fiable.

Pourquoi tant de manhua sont-ils en couleur ?#

Pour se démarquer en rayon comme sur les plateformes, et parce que la publication passe d'abord par les applications chinoises, où la couleur est native. Des œuvres commencées en noir et blanc sont parfois re-colorisées après leur succès.

Existe-t-il des manhua publiés en France ?#

Oui. Chine Informations signale l'éditeur spécialisé Xiao Pan, qui publie plus d'une dizaine d'artistes de BD chinoise, et rappelle que des éditeurs français éditent depuis quelques années des manhuas de Hong Kong, Singapour ou Taïwan.

Sources#

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