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Formula Bula 2026 : la BD indépendante prend Paris

Formula Bula 2026 : la BD indépendante prend Paris

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Il y a une odeur particulière dans les allées d'un salon de micro-édition, un mélange de papier offset frais et de feutre encore humide sur les affiches maison. On ne la trouve pas au Salon du Livre, où tout sent déjà le stand fini. À Formula Bula, elle flotte partout, dans les médiathèques du nord et de l'est parisien comme dans la grande halle de Césure. Le festival revient du vendredi 25 au dimanche 27 septembre 2026, pour sa 14e édition.

Trois jours, treize lieux, gratuit. Le cœur du dispositif tient à Césure, 13 rue Santeuil dans le 5e arrondissement, accessible par les stations Censier-Daubenton et Campo-Formio. Douze autres lieux, médiathèques et librairies pour l'essentiel, prolongent le festival dans Paris et, pour l'un d'eux, à Noisy-le-Sec. Au programme : le prix Prima Bula, une exposition consacrée à la BD finlandaise, et une rétrospective F'murrr un peu à l'écart, à la mairie du 5e.

Les dates à retenir#

Le festival occupe trois jours : vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 septembre. Sur ce dernier, mieux vaut être précis : le programme officiel du festival mentionne à un endroit un « dimanche 28 septembre », qui n'existe tout simplement pas dans le calendrier 2026, le 28 tombant un lundi. La date qui compte, celle de la page agenda du programme, est bien le dimanche 27.

Même remarque pour la remise du prix Prima Bula. Une page du programme l'annonce un « vendredi 26 septembre », qui n'existe pas non plus : le 26 est un samedi. La cérémonie a lieu le vendredi 25 septembre à 19h, à Césure, en ouverture du festival.

Sur les horaires d'ouverture, deux sources officielles ne s'accordent pas complètement. Le programme du festival donne 11h-23h le vendredi et le samedi, puis 11h-19h le dimanche. La page événement de Césure, elle, annonce une fermeture à 20h. Le seul point sur lequel les deux se rejoignent est l'ouverture à 11h : c'est celui-là qu'on peut retenir les yeux fermés. Sur l'heure de fermeture, les deux valeurs restent en circulation, chacune sous la signature de qui la publie.

Treize lieux, pas un de plus#

Les annonces qui ont circulé cet été parlaient de « plus de treize lieux ». Le programme définitif en compte exactement treize, Césure comprise : Césure, la mairie du 5e, la médiathèque de l'Heure Joyeuse, la médiathèque Claire Bretécher, la médiathèque Violette Leduc, la médiathèque Aimé Césaire, la médiathèque Marguerite Duras, la médiathèque Assia Djebar, le CRL10, l'École des Gobelins, la librairie La Régulière, l'Olympic Café, et la Micro-folie de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis.

Césure concentre l'essentiel de la programmation du week-end : les rencontres, le village des éditeur·ices, les expositions temporaires, la cantine et la vente aux enchères. Les autres lieux portent surtout la programmation hors les murs, étalée sur plusieurs semaines avant et après le festival lui-même.

Vendredi, samedi, dimanche : ce qui structure le week-end#

Le vendredi 25 septembre est aussi la journée professionnelle, de 9h à 16h à Césure, en entrée libre avec réservation conseillée. Le Club 99, la fédération qui réunit plusieurs festivals de BD dont Bastia et Formula Bula, y rassemble plus de 170 acteur·rices du secteur. Le soir, à 19h, vernissage du festival et remise du prix Prima Bula.

Le samedi 26 septembre, la vente aux enchères d'originaux se tient à 18h30 à la cantine de Césure, les recettes étant partagées à parts égales entre les artistes et le festival.

Le dimanche 27 septembre concentre les temps forts qui closent le festival : la rencontre autour des papiers peints d'Helge Reumann et Marko Turunen, de 11h à 17h, le déballage d'Olivier Schrauwen à 14h, la rencontre avec l'autrice autrichienne Ulli Lust à 17h en Amphi B, et la remise du second prix, le CNFE, dédié au fanzine d'enfants et d'adolescent·es. Le SuperlotoBula se tient à 17h30, dans la cour extérieure de Césure.

Prima Bula : neuf titres, un jury de lecteurs#

Le principe du prix n'a pas changé : un jury composé des adhérent·es de l'association Formula Bula élit la meilleure bande dessinée de la sélection. Neuf titres sont en lice cette année : Le Parc de Saint-rien de Margaux Meissonnier (L'Employé du Moi), Le grand saut de Gabrielle Piquet (Barbier), Les couloirs de Mathis Besson (Matière), Face A Face B de Blutch (2042), Geôle bizarre d'Élodie Shanta (L'Articho), Sunday d'Olivier Schrauwen (L'Association), Le jardin de sphères de Linnea Sterte (La Cerise), L'homme de Kotola de Marko Turunen (Frémok) et Les dissidents de Derf Backderf (Çà et Là).

Trois éditions précédentes donnent une idée de ce que le prix récompense : Toc Toc de Lucie Morel en 2025, Walicho de Sole Otero en 2024, La Véritable Histoire de Saint-Nicolas de Thierry Van Hasselt en 2023. Des éditeurs de taille modeste, des propositions graphiques qui ne cherchent pas le format Angoulême.

La Finlande, pays invité par la bande#

C'est sans doute l'entrée la moins visible du programme et la plus intéressante. Formula Bula accueille la Finlande via la saison Sarjakuva, initiée par Kirsi Kinnunen et portée par le Club 99, qui réunit aussi Bd à Bastia, les Rencontres du 9e Art d'Aix-en-Provence, Bd Colomiers et l'Institut finlandais de Paris. À Césure, cinq auteurs finlandais sont exposés : Marko Turunen avec La Horde sauvage, Aapo Rapi avec La nuit allonge le jour, Tommi Musturi avec The House, Hanneriina Moisseinen avec Mémoire cousue et Roope Eronen avec Quête secondaire. La même saison irrigue le programme du festival de Bastia, preuve qu'une programmation nationale bien pensée peut voyager d'un festival à l'autre sans se répéter.

Gratuit, mais trois régimes à ne pas confondre#

Le festival est gratuit, sans nuance possible sur ce point : c'est la formulation même de l'organisateur. Une billetterie solidaire propose une contribution libre de 5 €, totalement facultative, qui ne conditionne en rien l'entrée. La journée professionnelle du vendredi, elle, fonctionne en entrée libre avec réservation conseillée, pas obligatoire. Le rendez-vous Visitopif du samedi, en revanche, exige une inscription en ligne gratuite mais bien obligatoire, sur le site du festival. Trois régimes, trois façons différentes de se présenter à la porte : mieux vaut le savoir avant d'arriver.

F'murrr, une exposition à part, ailleurs#

Attention à ne pas confondre les lieux : l'exposition patrimoniale consacrée à F'murrr, intitulée « Le génie de la page », ne se tient pas à Césure mais salle Capitan, à la mairie du 5e, 21 place du Panthéon. Elle ouvre plus tôt et ferme plus tard que le festival, du jeudi 17 septembre au vendredi 9 octobre 2026, du lundi au dimanche de 10h à 17h, avec une nocturne le jeudi jusqu'à 19h. On peut très bien la visiter sans mettre les pieds à Formula Bula, et inversement.

Un marché qui recule, une indépendance qui tient#

Le contexte éditorial dans lequel s'inscrit Formula Bula n'a rien d'anodin. Le marché français de la bande dessinée a reculé de 5 % en 2025, à 419 millions d'euros, selon Livres Hebdo d'après les chiffres du Syndicat national de l'édition. Et la concentration du secteur reste marquée : les dix premiers groupes d'édition réalisent près de 87 % du chiffre d'affaires, selon une étude citée par la BnF, les 13 % restants se partageant entre une myriade de petites et moyennes structures. Le village des éditeur·ices de Formula Bula, plus de soixante maisons venues de cinq pays, se tient précisément dans cette portion congrue du marché, la même que défend, à sa manière, le festival suisse BDFIL. L'éditorial du programme parle de « bibliodiversité en résistance » face aux « logiques extractivistes » et aux « concentrations industrielles qui épuisent les sols autant que le monde de l'édition » : la métaphore agricole n'est pas un hasard de plume, elle dit ce que ces éditeurs pensent défendre, un sol qu'on épuise si on ne le laisse pas se régénérer.

Ce que je ferais de ces trois jours#

J'ai passé assez de samedis à fureter dans les librairies indépendantes du 5e pour savoir qu'un festival comme celui-ci se vit autant dans le village des éditeur·ices que sur les scènes de rencontre. J'irais d'abord à la remise du prix Prima Bula le vendredi soir, pour prendre le pouls de la sélection avant de me faire mon avis sur les neuf titres. Puis je garderais du temps pour le pays invité, parce qu'une exposition sur cinq auteurs finlandais qu'on ne croise jamais en librairie française vaut largement le détour.

Entre consacrer une heure à l'exposition F'murrr, hors les murs à la mairie du 5e, et rester tout le week-end dans le périmètre de Césure, mon arbitrage personnel penche pour la sortie : une salle d'exposition qu'on visite au calme, loin de l'effervescence du festival, offre souvent une lecture plus juste de l'œuvre. Mais je ne suis pas certaine d'avoir raison, et un lecteur pressé par le temps fera sans doute un autre choix, tout aussi défendable.

Ce genre de rendez-vous, tenu par une poignée de festivals francophones et par des salons plus institutionnels comme Angoulême ou le Salon du Livre Paris, continue de faire ce que les grandes machines éditoriales ne font plus toujours : donner une scène à des livres qui, sans lui, resteraient dans les tiroirs de leurs créateurs.

Sources#

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