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Prix Artémisia, histoire et mission du prix BD des autrices

Prix Artémisia, histoire et mission du prix BD des autrices

Par Camille V.

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Camille V.

Une table dans une galerie du Marais, un soir de février, six couvertures posées côte à côte, chacune signée d'une main différente. Ce genre de scène, je la reconstitue depuis mon écran en lisant les comptes rendus publiés année après année, et c'est déjà suffisant pour sentir ce que le Prix Artémisia met en jeu : poser un nom d'autrice sous une couverture, chaque année, depuis 2007.

Le Prix Artémisia récompense chaque année un livre de bande dessinée réalisé par une ou plusieurs femmes. Fondé en 2007 par Chantal Montellier et Jeanne Puchol, il porte le nom d'Artemisia Gentileschi, peintre italienne du XVIIe siècle, et lutte contre ce que l'association qui le porte appelle la discrimination passive et les plafonds de verre dans la bande dessinée.

D'où vient le nom du prix ?#

Le nom rend hommage à Artemisia Gentileschi, artiste italienne du XVIIe siècle et première femme admise à l'Académie du dessin de Florence. Aller chercher une peintre du XVIIe siècle pour nommer un prix de bande dessinée du XXIe, c'est déjà dire que la place des femmes dans les arts visuels est une question ancienne.

Le prix lui-même est cofondé en 2007 par Chantal Montellier et Jeanne Puchol, deux autrices de bande dessinée. Puchol recevra elle-même le prix en 2013, pour Charonne - Bou Kadir, ce qui donne à sa fondation un aspect de boucle assez rare pour un prix professionnel.

Quelle est la mission du Prix Artémisia ?#

Sur son site, l'association Artémisia résume sa mission en une phrase : « lutter contre la discrimination passive, contre les multiples plafonds de verre ». L'objectif affiché est de mettre à l'honneur, chaque année, la production des autrices de bande dessinée, un secteur où le nom qui s'affiche en couverture reste, encore aujourd'hui, majoritairement masculin.

C'est une mission de visibilité plus que de dénonciation frontale : le prix ne liste pas de coupables, il pointe une lumière sur un rayon de la bibliothèque qu'on regarde moins. En tant qu'artiste qui publie ses propres rendus sur des plateformes où les crédits des gros studios affichent surtout des pseudos masculins, cette manière de faire, par la lumière plutôt que par le procès, me parle plus qu'un communiqué indigné.

Le palmarès du Prix Artémisia, année par année#

Chaque année a son article de presse, mais personne ne les met bout à bout. Voici la liste année par année, reconstituée à partir du palmarès publié par l'association, de ses archives et des annonces de presse contemporaines de chaque édition.

AnnéeLauréate du Grand Prix
2008Johanna, Nos âmes sauvages (Futuropolis), première édition
2009Lisa Mandel et Tanxxx, Esthétique et filatures (Casterman)
2010Laureline Mattiussi, L'île au poulailler (Glénat)
2011Ulli Lust, Trop n'est pas assez (çà et là)
2012Claire Braud, Mambo (L'Association)
2013Jeanne Puchol, cofondatrice du prix, Charonne - Bou Kadir (Tirésias)
2014Catel, Ainsi soit Benoîte Groult (Grasset)
2015Barbara Yelin, Irmina (Actes Sud)
2016Sandrine Revel, Glenn Gould, une vie à contretemps (Dargaud)
2017Céline Wagner, Frapper le sol
2018Lorena Canotiere, Verdad (Ici Même)
2019Claire Malary, Hallali (L'Œuf)
2020Barbara Baldi, Ada (Ici Même)
2021Tiitu Takalo, Moi, Mikko et Annikki (Rue de l'échiquier)
2022Arianna Melone, Gianna (Albin Michel)
2023Valentine Cuny-Le Callet, Perpendiculaire au soleil (Delcourt)
2024Nine Antico, Madones et putains
2025Anke Feuchtenberger, La Camarade Coucou, un animal allemand dans la forêt allemande (Futuropolis)
2026Daria Schmitt, La Tête de mort venue de Suède (Dupuis)

La forme du prix a changé en cours de route. Jusqu'en 2016, un seul album est distingué chaque année. À partir de 2017, l'association ajoute des prix spéciaux à côté du Grand Prix, en nombre variable selon les années : quatre récompenses en 2017 et en 2018, six en 2019, cinq en 2024, huit en 2025, six en 2026. La colonne ci-dessus ne retient que le Grand Prix.

L'édition 2026 mérite qu'on s'y arrête : cérémonie le mercredi 4 février 2026 à 19h, chez Huberty & Breyne (19-21 rue Chapon, Paris 3e), avec six titres récompensés dans six catégories distinctes, du Grand Prix à l'Humour graphique en passant par la Résistance, les Beaux-arts, l'Initiation et la Métamorphose. Le jury 2026 réunissait Chantal Montellier, Isabelle Beaumenay-Chaland, Julie Scheibling, Julie Sicault Maillé, Patrick Gaumer, Pascal Guichard et Christophe Vilain.

Multiplier les catégories comme en 2026, plutôt qu'un Grand Prix unique, valorise plus d'autrices d'un coup, mais je ne sais pas trancher si ça sert mieux la visibilité de chacune ou si ça la dilue un peu : les deux lectures se défendent.

Pourquoi la cérémonie tombe-t-elle (presque) toujours en janvier ?#

La mécanique du prix suit un calendrier assez précis : une présélection est annoncée en décembre, et la lauréate est traditionnellement proclamée le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir. C'est un choix de date qui n'a rien d'un hasard administratif.

Mais la réalité des cérémonies ne colle pas toujours à cette date. La remise s'est tenue le 27 janvier en 2015, le 12 janvier en 2017 (avec une annonce le 9), le 18 janvier en 2023, le 17 janvier en 2024, et le 4 février en 2026. Le prix se tient donc en janvier, avec une proclamation liée au 9, sans que la cérémonie elle-même soit calée sur cette date chaque année.

Qui compose le jury du Prix Artémisia ?#

Le premier jury, celui des éditions 2008 et 2009, est entièrement féminin : Marguerite Abouet, Anne Bleuzen, Marie-Jo Bonnet, Sylvie Fontaine, Marie Moinard, Chantal Montellier, Annie Pilloy, Jeanne Puchol et Valérie de Saint-Do. À partir de 2010, le jury se mixe, avec l'arrivée d'Yves Frémion, Thierry Groensteen, Miles Hyman, Carole Schilling et Gérard Streiff.

En 2021, le jury réuni par le site officiel de l'association comptait Chantal Montellier à la présidence, Julie Scheibling, Laure Garcia, Gilles Ciment, Patrick Gaumer et Pascal Guichard, rejoints par Isabelle Beaumenay à partir de février 2021. Le prix a pour parrain Gilles Ratier, rédacteur en chef de BDZoom.com, et pour président d'honneur Laurent Gervereau. En 2023, c'est Chantal Montellier qui préside le jury ; elle y siège encore en 2026.

L'épisode du Panthéon du sexisme, 8 mars 2014#

Un épisode donne une idée assez nette de l'esprit du prix. Pour la Journée internationale des femmes du 8 mars 2014, neuf dessinatrices, dont Pénélope Bagieu, Claire Bouilhac, Soledad Bravi, Hélène Bruller, Florence Dupré La Tour, Catherine Meurisse, Chantal Montellier, Catel Muller et Anne Van der Linden, s'indignent contre ce qu'elles appellent le Panthéon du sexisme : sur les personnalités qui y reposent, quatre sont des femmes pour soixante-quinze hommes, soit 5 % de représentation féminine.

L'épisode déborde la bande dessinée. Il montre une association qui prend position au-delà de la remise annuelle d'un trophée, avec les mêmes noms qu'on retrouve dans les jurys et les palmarès.

Un prix relayé par Espace des Femmes#

Depuis quelques années, c'est l'organisation Espace des Femmes qui publie sur son propre site les annonces de remise du prix : les cérémonies 2023 et 2024 se sont d'ailleurs tenues à son adresse, le 35 rue Jacob à Paris, avant que l'édition 2026 ne se déplace chez Huberty & Breyne. Un prix indépendant, mais adossé à un lieu et à un réseau qui existent depuis bien plus longtemps que lui.

Notre article sur la définition et l'histoire de la bande dessinée replace ce genre d'initiative dans le temps plus long du neuvième art, et celui consacré aux représentations de femmes dans la BD biographique prolonge le sujet du côté des œuvres elles-mêmes plutôt que des prix. Le festival de Reims, premier festival entièrement féminin de France, s'inscrit dans la même dynamique, à l'échelle d'un festival cette fois. Sur la précarité qui touche une partie des autrices et auteurs, notre article sur les revenus et le statut des auteurs de BD en France donne le contexte économique dans lequel ce genre de prix prend tout son sens. Et pour situer le Prix Artémisia dans le calendrier plus large des récompenses BD, notre article sur le programme et le palmarès du festival d'Angoulême donne un point de comparaison utile.

FAQ#

Qui a fondé le Prix Artémisia ?#

Le Prix Artémisia a été cofondé en 2007 par Chantal Montellier et Jeanne Puchol, deux autrices de bande dessinée. Puchol en a elle-même reçu le prix en 2013, pour Charonne - Bou Kadir.

D'où vient le nom du Prix Artémisia ?#

Le nom rend hommage à Artemisia Gentileschi, artiste italienne du XVIIe siècle, première femme admise à l'Académie du dessin de Florence.

Quelle est la mission du prix ?#

Selon l'association qui le porte, le prix lutte contre la discrimination passive et les plafonds de verre dans la bande dessinée, en mettant chaque année à l'honneur un livre réalisé par une ou plusieurs femmes.

Qui a remporté le Prix Artémisia 2026 ?#

Le Grand Prix 2026 est revenu à Daria Schmitt pour La Tête de mort venue de Suède (Dupuis), parmi six lauréates récompensées dans six catégories. La cérémonie s'est tenue le mercredi 4 février 2026 chez Huberty & Breyne, à Paris.

Le prix est-il toujours remis le 9 janvier ?#

Non. La proclamation est traditionnellement liée au 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, mais les cérémonies elles-mêmes ont eu lieu à des dates variables : 27 janvier en 2015, 12 janvier en 2017, 18 janvier en 2023, 17 janvier en 2024, et 4 février en 2026.

Sources#

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