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Glitch : le thriller urbain de Shima Shinya chez Ki-oon

Glitch : le thriller urbain de Shima Shinya chez Ki-oon

Par Camille V.

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Camille V.

Une salle de classe, premier jour de lycée. Et soudain, des ombres géantes en forme de main qui envahissent la pièce. Personne ne réagit. Ni les élèves, ni le professeur. C'est cette image-là qui ouvre Glitch, le manga de Shima Shinya que Ki-oon publie en français le 27 août 2026, au prix de 7,95 euros pour le tome 1. Un seinen présenté par son éditeur comme un thriller urbain, quelque part entre le polar et le fantastique.

Je vais être honnête : ce sont ces mains dans la lumière qui m'ont accrochée avant même de lire le résumé. Une composition qui pose une menace sans mot, juste par le contraste et l'échelle. C'est exactement le genre de case que j'étudie quand je cherche à comprendre comment une planche installe un malaise.

Une ville où l'étrange est devenu banal#

Le pitch tient dans un déplacement. Minato et sa petite sœur Akira s'installent avec leur mère dans la petite ville de Tohka. Rien de spectaculaire au départ, une bourgade tranquille comme il en existe partout. Sauf que le premier jour de lycée de Minato, ces fameuses ombres apparaissent, et que personne autour de lui n'y prête attention.

C'est le vrai sujet du récit, et ce qui le rend intéressant à mes yeux : à Tohka, les phénomènes étranges sont si fréquents que la population a cessé de les voir. Des chats qui disparaissent, des silhouettes qui rôdent, tout cela fait partie du décor. L'anormal est devenu le quotidien. Minato, lui, garde les yeux ouverts. Il perçoit ce que les autres ont appris à ignorer.

L'éditeur français décrit un mélange entre l'avancée d'une enquête policière et les frissons de l'apparition de phénomènes inexplicables. Selon plusieurs présentations concordantes de mai 2026, l'ambiance a été rapprochée de celle de Stranger Things et des Goonies. Comparaison à prendre pour ce qu'elle est, un repère marketing, mais elle situe assez bien le terrain : une bande de jeunes, une ville-piège, un mystère qui s'infiltre dans le banal.

Côté genre, l'encyclopédie Anime News Network classe la série d'origine dans le registre du mystère, ce qui colle avec l'angle polar assumé par Ki-oon. La collision du réalisme scolaire et du surnaturel, c'est un terrain que le seinen japonais sait creuser depuis longtemps, et Shima Shinya n'y arrive pas par hasard.

Shima Shinya, une autrice au parcours singulier#

Parce que Glitch n'est pas un coup d'essai. Shima Shinya s'est fait connaître avec Lost Lad London, un seinen policier en trois tomes, série terminée, que Ki-oon publie déjà en France, le premier tome étant sorti le 3 novembre 2022. Le point de départ y est net : le maire de Londres est retrouvé mort dans le métro, et Al Adley, un étudiant qui voyageait dans la même rame, se retrouve accablé de preuves qui l'incriminent. Du polar sec, urbain, tendu.

Lost Lad London a d'ailleurs été distingué par un New Face Award, dans la division Manga, à la 25e édition du Japan Media Arts Festival. Le jury avait salué une technique inattendue de la part d'une débutante, et une façon d'élever le style de la bande dessinée vers un dessin plus proche du manga. Voilà pour la légitimité.

Il y a un détail de son parcours qui me parle particulièrement. Selon l'annonce officielle de Ki-oon, Shima Shinya a étudié le dessin et l'animation en Angleterre, à l'université de Bournemouth, avant de retourner au Japon. Moi qui ai appris la 3D et l'illustration en autodidacte à coups de tutos et de nuits blanches sur ArtStation, je trouve toujours révélateur de voir un trait façonné par une formation à l'animation. Ça se sent souvent dans le sens du mouvement, dans la manière de découper une action. Est-ce que ça transparaîtra dans Glitch ? Franchement, je ne le saurai qu'en tournant les pages, mais c'est le genre d'indice qui aiguise ma curiosité.

Autre ligne à son CV qui a de quoi surprendre : elle a été repérée par l'éditeur américain Viz Media pour scénariser (et non dessiner) Star Wars: The High Republic - The Edge of Balance, dont le dessin a été confié à Mizuki Sakakibara. Passer du polar londonien à l'univers Star Wars, puis revenir au fantastique urbain japonais, ça dessine une autrice qui refuse de se laisser enfermer dans une case.

Une série déjà bouclée au Japon#

Un mot pour les lecteurs qui, comme moi, détestent commencer une série sans savoir si elle ira au bout. Glitch a été prépubliée dans le magazine Comic Beam, chez Kadokawa, de juillet 2021 à juillet 2023. Elle est terminée, en quatre tomes reliés au Japon. Fin de partie confirmée : Anime News Network rapporte que la série s'est achevée dans le numéro de juillet 2023 de Comic Beam, celui-là même où l'autrice lançait son projet suivant.

Pour l'instant, Ki-oon n'a annoncé de date que pour le tome 1 français. Le nombre total de volumes prévus en version française n'est pas officiellement communiqué, mais si l'édition suit la logique de la version originale, la série complète compte quatre tomes. À vérifier au fil des sorties.

Si vous voulez explorer ce que Ki-oon construit dans le registre du thriller et du fantastique, jetez un œil au retour de Kei Sanbe avec La 13e Piste, maître de l'angoisse ordinaire, ou à l'ambiance polar victorien de Gaslight Stray Dog Detectives. L'éditeur ne s'interdit pas non plus la science-fiction, comme le montre Cosmos de Ryuhei Tamura. Et pour situer Glitch dans son segment, notre sélection de seinen pour lecteurs adultes donne quelques repères.

Ce que j'attends de Glitch, ce n'est pas tant le twist final qu'une chose plus simple : la manière dont Shima Shinya va faire tenir ensemble le banal d'une salle de classe et l'irruption de mains géantes dans le cadre. Tout le récit se joue là, dans ce basculement du normal vers l'impossible. Rendez-vous le 27 août pour voir si le trait tient la promesse de la première case.

Sources#

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