Un même dessin, deux mondes. D'un côté, Edward et Alphonse Elric, les frères alchimistes de Fullmetal Alchemist. De l'autre, Yuru et Asa, les jumeaux de Yomi no Tsugai. Hiromu Arakawa les réunit dans un visuel clé inédit, pensé pour une exposition qui ouvre à Tokyo cet été. L'exposition Fullmetal Alchemist x Yomi no Tsugai se tient au grand magasin Matsuya Ginza, du 13 août au 2 septembre 2026, avant de partir en tournée à travers le Japon. Pour une dessinatrice, une affiche pareille se lit avant même d'entrer : c'est déjà une leçon de composition.
Deux univers sous le même trait#
Ce qui frappe d'abord, c'est l'évidence du geste. Réunir quatre personnages issus de deux séries que vingt ans séparent, et faire tenir cet écart dans une seule image sans qu'elle paraisse forcée. Arakawa a dessiné ce visuel spécialement pour l'événement, et il dit quelque chose de sa cohérence d'autrice : le trait clair, la lisibilité des visages, l'équilibre des masses. Regardez comment Edward, l'aîné turbulent, dialogue avec Yuru, le frère taiseux venu d'un village reculé. Deux fratries, deux époques, une même main.
Un détail que beaucoup ignorent : les deux œuvres sortent de la même maison. Fullmetal Alchemist a été sérialisé dans le Monthly Shonen Gangan de Square Enix d'août 2001 à juillet 2010, sur vingt-sept tomes. Yomi no Tsugai paraît dans ce même magazine depuis le 10 décembre 2021, avec treize tomes parus au Japon en juillet 2026 selon la page officielle de Square Enix. L'exposition célèbre d'ailleurs un double cap : les 25 ans de Fullmetal Alchemist et les 5 ans de Yomi no Tsugai. Un anniversaire partagé, sous un même toit éditorial.
Difficile de mesurer l'aura de la première série sans un repère. En juillet 2021, Fullmetal Alchemist comptait 80 millions d'exemplaires en circulation dans le monde. C'est le chiffre le plus récent que je connaisse, il date de cette année-là, et il suffit à situer le poids du nom qui accueille la seconde œuvre. Yomi no Tsugai, de son côté, a dépassé les six millions d'exemplaires selon son site officiel en 2026. Une jeune série adossée à une signature au sommet.
À Ginza, du 13 août au 2 septembre#
Le cœur de l'événement, c'est cette exposition physique. Elle se déroule au huitième étage du Matsuya Ginza, dans l'Event Square, au 3-6-1 Ginza, dans l'arrondissement de Chuo, à Tokyo. Du jeudi 13 août au mercredi 2 septembre 2026. Ginza, c'est le quartier des grands magasins élégants, un endroit où l'on vient autant pour flâner que pour acheter, et poser une exposition manga au huitième étage d'un tel lieu n'a rien d'anodin. On monte, on traverse les rayons, et l'on débouche sur l'univers d'Arakawa.
Ce qui m'intéresse dans ce format, c'est la mise en espace. Une planche de manga, sur le papier, tient dans la paume. Accrochée au mur, agrandie, elle change de nature : on voit le geste, la pression du trait, les blancs laissés volontairement vides. Je passe des heures, dans les expositions, le nez à quelques centimètres d'un dessin, à traquer la construction sous l'encre. C'est là que l'on apprend vraiment, bien plus que dans n'importe quel tutoriel. Un mur d'originaux, ou de beaux tirages, raconte le travail autant que le résultat.
L'exposition s'inscrit aussi dans un moment particulier pour Yomi no Tsugai. La série a son adaptation animée, diffusée depuis le 4 avril 2026 sur Tokyo MX, réalisée par Masahiro Ando au studio Bones Film. Si le sujet vous intrigue, j'en ai détaillé le calendrier et l'équipe dans mon article sur l'anime Daemons of the Shadow Realm. L'exposition prolonge cette actualité dans l'espace réel, là où l'animation, elle, vit sur nos écrans.
Une tournée qui traverse le Japon#
Bonne nouvelle pour qui ne sera pas à Tokyo cet été : l'exposition voyage. Après Ginza, elle rejoint le Daimaru Sapporo, dans le Hokkaido, du 14 octobre au 1er novembre 2026. Puis le grand magasin Korinbo Daiwa, à Kanazawa dans la préfecture d'Ishikawa, du 27 novembre au 13 décembre 2026. Vient ensuite le Hankyu Umeda Main Store, à Osaka, du 16 décembre 2026 au 10 janvier 2027. Enfin, le Nagoya PARCO accueille l'étape d'Aichi du 6 au 28 février 2027.
Cinq villes, une itinérance qui court presque six mois. Ce genre de tournée dans les grands magasins japonais est une tradition solide pour les expositions liées au manga, et elle permet à des lecteurs éloignés de la capitale de croiser les planches en vrai. Pour situer ce format dans le paysage plus large des accrochages dédiés au neuvième art, j'avais fait le tour des expositions d'art séquentiel de 2026 : la mise en espace du dessin y devient un sujet à part entière.
Billets, cartes postales et le livre d'expo#
Côté billetterie, seuls les tarifs de Tokyo étaient confirmés au moment où j'écris, et les sources précisent qu'ils peuvent varier d'une étape à l'autre. En vente anticipée pour Tokyo : 1 800 yens pour un adulte, 1 000 yens pour un lycéen, 600 yens pour un élève de primaire ou de collège. La sélection des acheteurs anticipés s'est faite par tirage au sort, ouvert du 10 mars au 5 avril 2026 d'après les informations consolidées, avec un résultat annoncé le 15 avril.
Pour les amateurs d'objets, plusieurs formules mêlent billet et produits dérivés. Un lot de cinq cartes postales à 3 450 yens, un livre officiel d'exposition à 3 800 yens, ou les deux réunis à 5 450 yens. Le livre d'expo, en particulier, est le genre de document que je garde des années : c'est souvent là que se cachent les visuels haute définition qu'on ne trouve nulle part ailleurs, parfois les crayonnés préparatoires. Un objet d'étude autant qu'un souvenir.
Ce que je compte y regarder#
J'avoue une incertitude : à cette date, j'ignore encore si les murs montreront des planches originales ou de grands tirages, la communication reste discrète sur le contenu exact des vitrines. Pour moi, ça change tout. Devant un original, on voit le repentir, la gomme, la ligne hésitante recouverte. Devant un tirage, on admire une œuvre finie, propre, mais muette sur le chemin parcouru.
Ce que je regarderai en premier, si j'y suis, c'est le passage d'un univers à l'autre dans l'accrochage. Comment on relie l'alchimie industrielle et sombre de Fullmetal Alchemist au fantastique villageois de Yomi no Tsugai, où des jumeaux nés à l'aube héritent du pouvoir de sceller et de délier des créatures. Deux ambiances graphiques que la même autrice tient à bout de crayon. Le lien entre deux personnages, l'écho d'un regard d'une série à l'autre, c'est précisément ce que travaille la conception d'un personnage mémorable, et Arakawa en offre ici un cas d'école. Que sa signature figure parmi les mangakas les plus influents de l'histoire n'a rien d'un hasard : elle sait faire dialoguer ses mondes. Si vous passez à Ginza cet été, prenez le temps. Observez avant de photographier. Le mur vous en dira plus que l'écran.
Image : visuel officiel de l'exposition Fullmetal Alchemist × Yomi no Tsugai. Crédit : © Hiromu Arakawa / SQUARE ENIX.





