Le 6 mai 2026, Delcourt/Tonkam a annoncé l'arrivée en France, pour la fin d'année, de Hayao Miyazaki, Daydream Notes. Pour qui suit le rayon Ghibli en librairie depuis vingt ans, c'est une petite secousse. Un recueil aquarelle de 1997, jamais traduit chez nous, qui débarque enfin. Et chez un éditeur où Miyazaki n'avait encore jamais posé le pied.
Ce que contient vraiment le livre#
Le titre original japonais est 宮崎駿の雑想ノート, romanisé Miyazaki Hayao no Zassō Nōto, qu'on traduit littéralement par « les notes de pensées éparses de Hayao Miyazaki ». L'éditeur japonais, Dainippon Kaiga (大日本絵画), n'est pas une maison de manga grand public. Spécialisé dans le modélisme et la maquette, il publie depuis des décennies le mensuel Model Graphix, où Miyazaki a fait paraître ces histoires entre novembre 1984 et novembre 1992, avec une reprise partielle en 1998.
Une première compilation est parue chez Dainippon Kaiga en décembre 1992 (ISBN 4-499-20602-2). Mais cette édition initiale ne contenait pas Hikoutei Jidai. C'est l'édition augmentée d'août 1997 (ISBN 4-499-22677-5, 128 pages) qui rassemble les 13 récits complets, intégralement en couleur, et qui inclut ce manga pilote. C'est presque certainement cette version que Delcourt/Tonkam adapte, même si le détail exact de l'édition française n'est pas encore communiqué.
Le format physique du livre japonais ressemble plus à un artbook qu'à un manga : softcover avec jaquette, environ 29 x 21 x 1,3 cm, papier épais. Aquarelle intégrale, du début à la fin. Aucune planche en noir et blanc. Miyazaki y déploie une obsession assumée pour l'aviation militaire, les chars, les cuirassés de l'ère pré-Seconde Guerre mondiale. Mais le ton reste léger, fantaisiste. Pas un livre d'histoire, un livre de rêveries de modéliste.
Hikoutei Jidai, la pièce maîtresse#
Le récit qui justifie à lui seul l'achat pour beaucoup de fans, c'est Hikōtei Jidai (« l'âge de l'hydravion »). 15 pages, en aquarelle, publié en trois parties dans Model Graphix entre mars et mai 1989. C'est le manga pilote dont est sorti Porco Rosso.
Au départ, Miyazaki imagine un court-métrage commandé par Japan Airlines pour les vols internationaux. Le projet enfle, l'équipe Ghibli s'étoffe autour, et le court devient long. Le film sort en 1992, fait un carton au Japon (5,4 milliards de yens au box-office, premier du classement annuel japonais), et décroche le prix du meilleur long-métrage au Festival international du film d'animation d'Annecy en 1993. Pouvoir lire la matrice graphique de tout ça, en aquarelle, dans un livre qui se feuillette, c'est un objet rare.
J'avoue avoir longtemps cru, avant de creuser pour cet article, que Hikoutei Jidai était un storyboard. C'est un manga court, complet, avec ses propres bulles et son propre découpage. Le glissement vers le film est passé par une réécriture profonde, pas par une transposition mécanique.
Pourquoi Delcourt/Tonkam, et pas Glénat#
Voilà le détail que j'ai trouvé le plus intrigant dans l'annonce. En France, Glénat est l'éditeur historique du catalogue manga lié à Ghibli : les anime comics, les artbooks officiels du studio, Le Voyage de Chihiro en album, Le Vent se lève, Princesse Mononoké… Tout passe par eux depuis des années.
Delcourt/Tonkam, c'est une autre maison. Tonkam a été fondé en 1994, premier éditeur manga francophone, racheté par Delcourt en 2014, fusionné sous le label Delcourt/Tonkam en 2016. Catalogue plus orienté shōjo, josei, séries cultes des années 90-2000. Voir Miyazaki débarquer chez eux est une première.
Plusieurs lectures possibles. Soit Glénat n'a pas voulu prendre un objet aussi atypique (un artbook aquarelle de 128 pages, pas un manga commercial). Soit Dainippon Kaiga, l'éditeur japonais, a négocié directement hors du circuit Ghibli/Tokuma. Soit Delcourt a fait une offre que Glénat n'a pas matchée. Aucune communication officielle ne tranche. On en saura sans doute plus à mesure qu'on approche de la sortie.
Une parution en deux temps qu'il faut comprendre#
Pour situer correctement ce livre, il faut bien distinguer deux parutions japonaises :
- Décembre 1992 : première compilation Dainippon Kaiga, ISBN 4-499-20602-2, prix d'origine 2 233 ¥. Contient une partie des récits parus dans Model Graphix, sans Hikoutei Jidai.
- Août 1997 : édition augmentée, ISBN 4-499-22677-5, prix d'origine 2 800 ¥, 128 pages. Inclut les 13 récits, dont Hikoutei Jidai. C'est la version complète, celle qui est restée la référence.
L'édition française annoncée n'a pas encore de date précise (juste « fin 2026 »), pas de prix communiqué, pas de tomaison annoncée, pas de nom de traducteur. On ne sait pas non plus si Delcourt/Tonkam ajoutera des contenus exclusifs (préface, entretien, supplément). Tant que le calendrier officiel n'est pas publié, prudence sur ces points.
Ce que ça dit du moment Miyazaki en France#
L'annonce arrive dans un contexte chargé. Le Garçon et le Héron est sorti en 2023. Hayao Miyazaki a 85 ans en 2026. Le studio a fait savoir, par la voix de Toshio Suzuki, que « quelque chose se prépare pour 2026 », sans détail. Faire arriver Daydream Notes en français à ce moment précis, c'est ouvrir un troisième front éditorial : ni nouveau film, ni rééédition de classique animé, mais un objet d'artisan, presque intime, qui montre un Miyazaki qui dessine pour le plaisir entre deux productions.
Pour qui collectionne les artbooks et a déjà parcouru les rayons de classiques shōjo réédités ou de coffrets manga collector, l'arrivée de Daydream Notes tombe sur un marché français qui sait désormais valoriser ce type d'objet hybride. Le livre n'est pas un manga, n'est pas un artbook au sens classique non plus. Il flotte entre les deux. Le pari de Delcourt/Tonkam est de trouver un public assez large pour soutenir l'investissement, dans un secteur où l'illustration analogique reprend de la place face au numérique.
Pour les fans de Porco Rosso, et pour les autres#
Il y a deux profils de lecteurs qui devraient cocher la date dans leur agenda. Les complétistes Porco Rosso, d'abord, qui rêvent depuis des années de tenir Hikoutei Jidai dans sa version originale française. Les amateurs d'aquarelle ensuite, ceux qui s'intéressent à la trace graphique du geste plus qu'à la narration. Sur ce dernier point, Miyazaki en Zassō Nōto donne quelque chose qu'on ne voit nulle part ailleurs dans son œuvre : du temps long, du flottement, des récits qui tiennent sur 8 pages parce que c'est tout ce qu'il avait envie de dire.
Une dernière note pour les curieux : selon Wikipedia, Kazuma Kujo (SNK) cite ce livre comme une influence directe sur la conception de Metal Slug en 1996. La filiation entre l'aquarelle d'aviation rétro de Miyazaki et l'esthétique pixel art du shoot SNK, c'est une connexion que je n'avais pas vue venir. Si elle est exacte, ça redessine pas mal de cartes dans l'archéologie du jeu vidéo japonais.
Reste à attendre la fiche éditoriale française complète. Date précise, prix, format, traducteur. Les pages du livre, elles, sont déjà là. Trente ans à patienter, fin 2026 c'est demain.
Sources#
- https://gamecover.fr/news-manga-daysdream-notes-arrive-chez-delcourt-tonkam/
- https://en.wikipedia.org/wiki/Hayao_Miyazaki's_Daydream_Data_Notes
- https://www.nausicaa.net/miyazaki/manga/zassou.html
- https://en.wikipedia.org/wiki/Hik%C5%8Dtei_Jidai
- https://en.wikipedia.org/wiki/Porco_Rosso
- https://halcyonrealms.com/illustration/hayao-miyazakis-daydream-note-artbook/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Delcourt/Tonkam





