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Daruma Awards 2026 : ce que disent les nominations

Daruma Awards 2026 : ce que disent les nominations

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Il y a, dans une scène de remise de prix encore vide, une tension particulière. La scène Kuri de Japan Expo attend son public, les fauteuils sont alignés, la liste des nommés circule déjà de main en main, et pourtant rien n'est joué. C'est le vendredi 10 juillet 2026, entre 16h45 et 18h15, que se tiendra la cérémonie des Daruma Awards 2026. D'ici là, aucun trophée n'a de propriétaire. Seulement des noms, des couvertures, des chiffres de sélection.

Et c'est justement ce moment-là qui m'intrigue le plus. Parce qu'avant qu'un seul lauréat ne soit connu, la carte des nominations en dit déjà long. On y lit une saison éditoriale, des paris de maisons d'édition, un état du manga tel qu'il se vend et se lit en France. Le palmarès, lui, viendra après. Les nominations, elles, sont déjà un texte à déchiffrer.

Kana en tête, et ce que cela raconte du marché VF#

Commençons par le fait le plus net de cette édition. Selon le décompte publié par ActuaBD en amont de la cérémonie, Kana tient la corde avec pas moins de quinze nominations. Quinze, sur une saison, c'est une densité qui ne doit rien au hasard. Cinq d'entre elles reviennent à une seule série, Mujina Into the Deep, signée Inio Asano.

Je m'arrête sur ce nom, parce qu'il porte quelque chose. Asano appartient à cette famille d'auteurs qui travaillent la matière sombre de l'adolescence et du malaise contemporain, avec un trait d'une précision presque douloureuse. Voir une de ses séries concentrer autant de nominations, c'est le signe qu'un manga d'auteur exigeant peut encore rassembler autour de lui, jury et public confondus. Il y a là une forme de reconnaissance qui déborde le simple succès commercial.

Ce que cette avalanche de sélections révèle, c'est une ligne éditoriale qui paie. Kana ne se contente pas de placer un titre phare ; la maison irrigue plusieurs catégories à la fois. On perçoit ici une stratégie de fond, patiemment construite, celle d'un catalogue pensé sur la durée plutôt que sur le coup d'éclat. Pour qui suit la maison, cette présence massive prolonge un travail déjà visible sur des rééditions soignées comme la Star Edition de Basara chez Kana, où l'objet-livre compte autant que le récit.

Un mot de prudence, tout de même. Une nomination n'est pas une victoire, et le nombre de sélections ne préjuge en rien du nombre de trophées. Le 10 juillet peut très bien redistribuer les cartes d'une façon que personne n'anticipe. Je me garde donc de transformer ces quinze nominations en pronostic de sacre. Elles disent une dynamique, pas un résultat.

Ki-oon dans le sillage, et les animes qui montent#

Juste derrière, une autre maison familière des lecteurs français. Ki-oon, deuxième éditeur le plus nommé en 2026 avec douze sélections, confirme sa place dans le peloton de tête. Parmi ses titres cités, Ichi the Witch réunit quatre nominations. La maison a fait du repérage de séries shonen porteuses une signature, et cette moisson de sélections en est le reflet direct.

Du côté de l'animation, la lecture change un peu de registre. Deux productions dominent les nominations anime, et c'est le même studio qui revient : Bones. My Hero Academia, dans sa saison finale, caracole en tête avec cinq nominations, tandis que Gachiakuta en obtient quatre. Deux séries d'une même maison de production qui trustent le haut de la sélection, voilà qui dessine, là aussi, une saison marquée par un studio en pleine forme.

Faut-il en tirer un favori absolu ? C'est là que je deviens moins catégorique. Additionner les nominations pour désigner un vainqueur avant l'heure serait un jeu tentant, mais trompeur. Le mode de scrutin, on va le voir, brouille volontairement ce genre de calcul. Je préfère donc lire ces chiffres comme une température, pas comme un verdict. Ce qui se joue ici, entre le manga papier et l'anime, c'est la coexistence de deux économies culturelles qui ne récompensent pas tout à fait les mêmes choses.

Reste que cette photographie des nominations résonne avec l'état réel du marché. En France, le manga représentait 35,9 millions d'exemplaires vendus en 2024, soit un recul de 9 pour cent par rapport à 2023, pour un prix moyen de 8,60 euros et 53 pour cent des ventes de bande dessinée, d'après les données GfK relayées par Journal du Japon. Un marché qui se tasse un peu, donc, mais qui reste largement majoritaire dans la BD. Les nominations Daruma, dans ce contexte, ne sont pas un simple concours de goût : elles pointent les séries sur lesquelles les éditeurs misent pour tenir ce socle. Pour qui veut creuser ces chiffres, j'avais gardé en mémoire le bilan détaillé du marché manga français.

Une mécanique de vote qui compte le public autant que les pros#

Pour comprendre pourquoi les nominations pèsent autant, il faut regarder comment fonctionne le prix. Créé en 2016 par Japan Expo, le Daruma Award repose cette année sur une architecture précise : vingt catégories, onze consacrées au manga et neuf à l'anime, avec huit titres sélectionnés par catégorie, soit cent soixante possibilités au total. C'est un filet large, jeté sur toute une saison de publications.

La particularité du scrutin tient à sa pondération. Le vote du public compte pour le même poids que celui du jury professionnel, catégorie par catégorie. Autrement dit, une série très populaire peut contrebalancer un choix plus confidentiel des spécialistes, et inversement. Cette symétrie me plaît, parce qu'elle refuse de trancher entre le goût savant et l'enthousiasme populaire. Elle les met à égalité, et laisse la tension entre les deux produire le résultat. Le vote se déroulait sur la plateforme Mangacollec, ouvert jusqu'au 1er juillet 2026 ; les résultats, eux, ne seront dévoilés qu'à la cérémonie du 10 juillet.

C'est cette pondération qui rend tout pronostic hasardeux. Un titre peut cumuler les nominations et se faire coiffer, dans sa catégorie, par une série que le public a portée plus haut. Voilà pourquoi je refuse, ici, de coller une étiquette de favori sur tel ou tel nom. L'exercice a ses pièges, et je préfère les éviter.

Cette cérémonie s'inscrit d'ailleurs dans un rendez-vous plus large. Japan Expo se tient du 9 au 12 juillet 2026 à Paris Nord Villepinte, et la remise des Daruma en est l'un des temps forts. Pour qui prévoit d'y aller et de vivre l'annonce en direct, j'avais rassemblé de quoi préparer sa visite de Japan Expo 2026. Il y a quelque chose d'assez beau à recevoir un palmarès dans le brouhaha d'un hall bondé plutôt que dans le silence feutré d'une salle des fêtes.

Ce que 2025 nous apprend, et ce qu'il faut se garder de conclure#

Pour mesurer ce qui se joue le 10 juillet, un détour par l'édition précédente s'impose, en distinguant bien les temps. Lors des Daruma 2025, dont la cérémonie s'était tenue en juillet de l'an dernier, les éditions Ki-oon s'étaient imposées comme la maison la plus primée, avec six trophées. La série Du mouvement de la Terre, d'Uoto, avait notamment été distinguée comme meilleur manga et meilleur scénario. Un vrai sacre, celui-là, déjà inscrit dans les faits.

Ce rappel a une vertu : il montre qu'entre le nombre de nominations et le nombre de trophées, la traduction n'a rien de mécanique. En 2025, c'est Ki-oon qui avait raflé la mise. En 2026, Kana mène la course aux sélections. Rien ne dit que la logique se répétera à l'identique, ni qu'elle s'inversera. Ce genre de basculement d'une année sur l'autre est précisément ce qui rend la cérémonie intéressante à suivre.

Alors, que retenir avant le 10 juillet ? Que les nominations ne sont pas un palmarès, et qu'il serait malhonnête de les lire comme tel. Aucun lauréat 2026 n'existe à l'heure où j'écris ces lignes. Ce que nous avons sous les yeux, c'est une carte des forces en présence, une saison éditoriale mise à plat, un marché VF qui se donne à lire dans le choix même de ce que l'on a jugé digne d'être nommé. C'est déjà beaucoup. Le reste, cette part d'incertitude que le vote garde jalousement, se décidera scène Kuri, le temps d'une cérémonie. Rendez-vous le 10 juillet pour savoir qui, de ces noms déjà là, deviendra autre chose qu'un favori.

Sources#

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