La scène se passe dans une librairie de quartier, un samedi matin de juin. Un enfant de dix ans, peut-être onze, repose un album sur la pile et demande à voix haute : « Il sort quand, le prochain ? » La libraire sourit, attrape un exemplaire fraîchement déballé et le lui tend. Sur la couverture, trois silhouettes d'adolescents et un titre qui claque : La guerre n'est pas finie. C'est le dixième tome des Enfants de la Résistance, paru le 12 juin 2026 chez Le Lombard. Et ce gamin, qui n'était pas né quand le premier album est arrivé en librairie, attend déjà la suite.
Il y a dans cette scène quelque chose qui résume tout. Une série jeunesse devenue, au fil des années, un compagnon de lecture pour toute une génération de jeunes lecteurs, sans jamais perdre sa rigueur ni son exigence. Le tome 10 n'est pas une fin. C'est une marche de plus dans un escalier que Vincent Dugomier (au scénario) et Benoît Ers (au dessin et à la couleur) gravissent depuis 2015.
Onze ans, dix tomes, et une fidélité qui ne se dément pas#
Tout a commencé le 7 mai 2015 avec Premières actions, le tome inaugural. À l'époque, qui aurait parié sur la longévité d'une bande dessinée racontant l'Occupation à hauteur d'enfants ? Le pari était risqué : parler de la guerre, de la peur, du courage et des choix impossibles à un lectorat de primaire, sans édulcorer ni terrifier. Onze ans plus tard, la réponse tient en un chiffre. La série a dépassé les deux millions d'exemplaires vendus, un cap franchi au moment du tome 9 à l'automne 2024.
Le rythme de parution mérite qu'on s'y arrête. Un tome par an, ou presque, avec une régularité d'horloger. Cette cadence, dans un secteur où tant de séries s'essoufflent ou se perdent, dit quelque chose de la discipline des deux auteurs. Et de la patience de leur public, aussi, qui revient chaque année retrouver ses jeunes héros.
J'ai toujours eu un faible pour ces œuvres qui prennent le temps long. Celles qui ne cherchent pas le coup d'éclat mais la construction patiente d'un univers. On y retrouve la même chose, chaque fois, et pourtant ce n'est jamais tout à fait pareil. Les personnages grandissent, le contexte historique se durcit, et le lecteur grandit avec eux.
La guerre n'est pas finie : ce que dit déjà le titre#
Le titre du tome 10 a quelque chose de programmatique. La guerre n'est pas finie : voilà une phrase qui refuse la facilité du happy end. Le tome précédent, Les Jours heureux, paru en septembre 2024, semblait pourtant ouvrir une parenthèse plus douce. Le neuvième volume avait laissé entrevoir une éclaircie. Le dixième la referme aussitôt, et c'est cohérent avec ce qui fait la force de la série depuis ses débuts : ne jamais mentir aux enfants sur la dureté de l'Histoire.
L'album compte 56 pages, vendu 13,45 € (ISBN 9782808216937). C'est le format habituel de la collection, ce cartonné franco-belge classique qui pèse juste ce qu'il faut dans les mains, ni trop léger ni intimidant. Un objet pensé pour être lu, relu, prêté entre copains de classe.
Je dois admettre que sur l'intrigue précise de ce tome, je préfère rester prudente. Mieux vaut laisser à chacun le plaisir de la découverte que de plaquer une lecture hâtive sur un récit qui se mérite. Ce qui est certain, c'est que Dugomier et Ers continuent de tisser leur fil narratif sans le lâcher, fidèles à une méthode qui a fait ses preuves album après album.
Un trait au service du récit#
Il faut parler du dessin, parce que c'est lui qui porte l'émotion. Benoît Ers assure le trait et la couleur depuis l'origine, et cette unité visuelle compte pour beaucoup dans la cohérence de la saga. Son style, rond et lisible, accessible sans être simpliste, sait passer du quotidien d'un village occupé aux moments de tension les plus serrés. La palette accompagne le récit : tons chauds des intérieurs, gris et bleus des scènes nocturnes, la couleur travaillée comme une respiration.
Ce qui me touche, dans ce travail, c'est la justesse. Dessiner la guerre pour des enfants suppose un équilibre délicat, montrer assez pour que ce soit vrai, retenir assez pour que ce soit supportable. Ers tient cette ligne de crête depuis dix albums. Le geste, ici, compte autant que le résultat.
La série a d'ailleurs trouvé une seconde vie dans les salles de classe. Recommandée du CM1 au collège, selon plusieurs sources, elle s'est imposée comme un support pédagogique pour aborder la Seconde Guerre mondiale autrement que par le manuel. Ce n'est pas rien : la bande dessinée qui entre à l'école par la grande porte, sans qu'on la soupçonne de futilité, reste suffisamment rare pour qu'on le souligne.
L'écho du grand écran#
Impossible d'évoquer cette sortie sans mentionner ce qui s'est joué quelques mois plus tôt dans les cinémas. Le 11 février 2026, l'adaptation des Enfants de la Résistance réalisée par Christophe Barratier est arrivée sur grand écran. Le film, qui adapte les deux premiers tomes de la BD, réunit notamment Artus et Gérard Jugnot, et a rassemblé 1 233 563 spectateurs, soit la troisième place du box-office français du premier trimestre 2026.
Ce passage au cinéma, dans la lignée d'autres adaptations de BD en live-action, a sans doute amené de nouveaux lecteurs vers les albums. Le mouvement est connu : on voit le film, on cherche la source, on remonte aux origines. Et la source, ici, n'a rien à craindre de la comparaison. Le film raconte un début ; les albums, eux, continuent de raconter la suite.
C'est peut-être là le plus beau pied de nez. Au moment où l'écran propose une version condensée et fermée des deux premiers tomes, la BD, elle, avance encore. La saga ne s'arrête pas à ce que le cinéma en a retenu. La guerre, comme le dit le titre, n'est pas finie.
Une valeur sûre pour les jeunes lecteurs#
Dans un marché de la BD jeunesse saturé de nouveautés, la régularité des Enfants de la Résistance fait figure de repère. C'est l'une de ces séries qu'on offre les yeux fermés, qu'on glisse dans une sélection pour enfants sans hésiter, qu'on sait capables de tenir l'attention d'un lecteur réticent comme d'un dévoreur d'albums.
Le tome 10 confirme cette place. Ni rupture ni essoufflement, simplement la continuité d'un projet mené avec sérieux. Dugomier et Ers savent où ils vont, et ils prennent le temps d'y conduire leurs lecteurs. À 13,45 € l'album, c'est une porte d'entrée vers l'Histoire qui vaut largement le détour.
Disponible en librairie depuis le 12 juin 2026. À lire dans l'ordre, idéalement, pour suivre ses jeunes héros depuis le tout premier jour de leur résistance.





