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Clément Oubrerie : hommage au dessinateur d'Aya de Yopougon

Par Sylvie M.

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Sylvie M.

Clément Oubrerie est mort le 1er mars 2026, à 59 ans. Maladie de Charcot. J'ai appris ça sur les réseaux comme tout le monde. Aya de Yopougon, Le Chat du rabbin, Pablo : une carrière magistrale. Mais ce qui me frappe, c'est son dessin. Et les Legendaires de Patrick Sobral au cinema montrent que la BD francaise vit encore. La façon dont il regardait les gens. Ça changeait.

Aya de Yopougon, ou comment la BD a appris à regarder l'Afrique autrement#

En 2005, Abouet et Oubrerie publient Aya de Yopougon. Meilleur premier album à Angoulême en 2006. C'est évidemment symbolique d'une rupture : le jury reconnaît quelque chose qui change.

Ce qu'Aya de Yopougon apportait de nouveau, c'était précisément ce que la bande dessinée franco-belge n'avait presque jamais su faire : représenter l'Afrique sans exotisme, sans condescendance, sans le filtre de la catastrophe humanitaire ou du récit de guerre. Abidjan en 1978. Des jeunes filles qui flirtent, font des projets, se disputent avec leurs parents, rient, échouent, recommencent. Une Côte d'Ivoire vivante et ordinaire, ni misère ni carte postale.

La série a été traduite dans plus de quinze langues et compris huit volumes. Elle a été adaptée au cinéma en 2013 dans un film d'animation co-réalisé par Oubrerie et Abouet, qui a fait le tour des festivals. Ces chiffres ne racontent pas tout. Ce qu'ils taisent, c'est la quantité de lecteurs qui ont découvert avec Aya une façon de dessiner les Africains comme des personnes, pas comme des symboles ou des emblèmes.

Le dessin d'Oubrerie : chaleur, mouvement, lisibilité#

Je dois avouer, je n'y connais rien en technique de dessin. Mais Oubrerie était accessible à n'importe quel lecteur : lignes claires, expressions ultra-vivantes, couleurs qui respiraient. Étudié à l'ESAG, travaillé aux États-Unis, quelque chose d'hybride en était sorti : franco-belge par la fluidité narrative, américain par la densité visuelle. Les illustrateurs qui arrivent à être universels sans être pâles sont rares. Lui avait trouvé cet équilibre : chaque visage respirait une vie particulière, mais s'adressait au monde entier.

Ce style, il l'a appliqué partout. Pablo (2012, avec Julie Birmant) sur la jeunesse de Picasso. Quatre volumes, grands prix. Montrait qu'il pouvait dessiner n'importe quel monde avec la même précision.

Co-réalisateur, producteur : une présence discrète dans le cinéma d'animation#

On retient surtout Oubrerie comme dessinateur de BD, mais il était aussi du côté de la production de films d'animation. Il avait cofondé le studio Autochenille Production, par lequel il avait notamment co-produit Le Chat du rabbin de Joann Sfar, sorti en 2011. Ce film a remporté le César du meilleur film d'animation. Ce n'est pas un détail : il avait une compréhension du cinéma d'animation qui enrichissait son travail dans la bande dessinée et inversement.

Cette double présence, dans la case et dans l'image animée, le situait dans une lignée d'auteurs qui refusent les frontières entre les arts séquentiels. Il n'était pas que dessinateur. Il était quelqu'un pour qui raconter des histoires en images prenait plusieurs formes, toutes aussi sérieuses.

Ce que laisse une œuvre comme celle-là#

Les hommages qui ont suivi sa mort le 1er mars 2026 ont insisté sur "sa palette, son sens du découpage, l'expressivité de ses personnages, la virtuosité de son dessin". Ces formules sont justes. Mais ce qui restera, au-delà des compliments funèbres, c'est une question posée à tous ceux qui font de la bande dessinée : est-ce que vous regardez le monde entier, ou seulement le vôtre ?

Aya de Yopougon a répondu à cette question par l'affirmative, sans leçon, sans discours. Juste des personnages qui vivaient. C'est peut-être la forme d'hommage la plus efficace qu'on puisse rendre à un auteur : que son travail continue de poser des questions après sa mort.

Le renouveau de la BD franco-belge, c'est en grande partie grâce à des figures comme Oubrerie qui ont ouvert des chemins.

La maladie de Charcot est une maladie dégénérative qui s'attaque aux neurones moteurs. Elle prive progressivement la personne de ses capacités physiques tout en laissant intact l'esprit. Il continuait de dessiner, rapportaient ses proches, jusqu'à ce que la maladie ne le permette plus. Cette image dit quelque chose sur ce qu'était Clément Oubrerie.


Sources :

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